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« Tout est chaos » : Pourquoi la France ne se remet pas du mystère « Désenchantée »
Le 21 juin 2021, au cœur de Montmartre, un événement a suspendu le cours de l’histoire culturelle récente. Depuis un balcon, les DJ des labels Amsem et Figurative Records diffusent un titre vieux de trois décennies. Sous leurs pieds, près de 2 000 jeunes, en pleine communion électrique, reprennent les paroles à tue-tête. Ce « moment fou », qualifié par ses architectes de « moment hors du temps », soulève une interrogation fondamentale pour la musicologie contemporaine : comment « Désenchantée » de Mylène Famer, un manifeste nihiliste de 1991, est-il devenu l’hymne de survie et l’emblème sonore de la Génération Z ?
Nous allons tenter de répondre à cette question en nous appuyant notamment sur les travaux de la chercheuse en littérature française Isabelle Marc et son livre sorti en janvier 2026 Mylène Farmer – La Diva Pop.
L’oxymore sonore : Pourquoi nous dansons sur du noir
« Si la mort est un mystère / La vie n’a rien de tendre / […] Dis-moi /
Dans ces vents contraires comment s’y prendre / Plus rien n’a de sens, plus rien ne va. »
Ce contraste permet ce que nous appelons une « célébration somatique » du désespoir. En s’appropriant les codes de la « transigeance musicale » (Rudent) — cette capacité de la pop à épouser les modes pour maximiser l’accessibilité —, Mylène Farmer transforme le constat dépressif en une ivresse collective. Le corps exulte ce que l’esprit n’arrive plus à processer.
Le silence des experts : Mylène Farmer, l’invisible géante
Malgré des chiffres vertigineux — plus de 20 millions d’albums vendus et des records de fréquentation en concert — Mylène Farmer est restée, selon la chercheuse en littérature française Isabelle Marc, une « grande inconnue » pour la recherche française jusqu’à l’aube des années 2020. Ce silence académique révèle des biais structurels : d’une part, un mépris persistant pour le « populaire », perçu comme un objet indigne de la pensée noble ; d’autre part, un androcentrisme et un sexisme académique qui ont longtemps invisibilisé les femmes au profit de la figure sacralisée de l’auteur-compositeur-interprète masculin.
Il aura fallu attendre le climat culturel actuel, marqué par l’« omnivorité et la nostalgie », pour voir cette division s’estomper. Longtemps traitée d’« héroïne variétoche insubmersible » par la presse intellectuelle de gauche (Libération/L’Humanité), Mylène Farmer accède enfin à une « légitimation » institutionnelle, symbolisée par sa participation au jury du Festival de Cannes en 2021 ou la célébration de son répertoire lors de l’Hyper Weekend Festival à Radio France en 2023.
Un « signifiant vide » : Le secret de l’identification universelle
« J’aime l’idée que chacun puisse y puiser ce qu’il a envie d’y puiser, de se raconter, dans le fond, sa propre histoire. »
En ne désignant aucune cause précise au chaos, la chanson permet à chaque individu — qu’il soit fan ou simple auditeur — d’y projeter ses propres désillusions, qu’elles soient intimes ou sociales.
De Cioran au Grunge : Le Zeitgeist d’une époque charnière
La métamorphose de la Diva : Au-delà du désir masculin
Conclusion : Un désenchantement éternel ?
Pour en savoir plus sur le livre « Mylène Farmer : La Diva Pop » d’Isabelle Marc, je vous conseille la lecture de mon article qui lui est dédié.
Ce coffret de 3 CD Best of vous permettra d’avoir un bon aperçu de l’œuvre de Mylène Farmer.




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