Aperture ouvre la nouvelle ère de Harry Styles : un single long et hypnotique, pensé comme une transe à vivre fort ou au casque. Entre quête de “safe”, basse-pulse tendue et clip en forme de poursuite qui se transforme en danse, le morceau mélange lumière, ombre et élégance.
Nos liens peuvent être des liens d’affiliation, en particulier des liens Amazon, ce qui signifie que nous pouvons recevoir une commission, sans frais supplémentaires pour vous, si vous effectuez un achat via un lien. Veuillez consulter notre note complète pour plus d’informations.
Aperture, c’est le terme anglais pour le diaphragme, c’est à dire l’ouverture d’un objectif… et ici, dans cette chanson, c’est peut-être l’ouverture d’une vie. Harry Styles présente son nouveau single comme un choix volontaire : laisser entrer la lumière, s’ouvrir à nouveau, arrêter de se protéger au point de s’isoler, quitte à être vulnérable.
Mais à l’écran, l’ouverture ne ressemble pas à une libération : elle ressemble à une poursuite. Un couloir d’hôtel, un “démon” qui colle aux basques, une violence qui bascule en chorégraphie, et une boucle qui donne l’impression qu’on ne s’échappe pas… on compose.
Et pendant que l’image raconte la cohabitation, la musique fait le même travail : une basse obstinée, un groove en syncope, une tension hypnotique qui t’embarque sans te lâcher.
Alors, Aperture parle-t-il d’addiction, de célébrité, d’un système qui t’alimente autant qu’il te piège ? Ou de ce moment où l’on accepte, enfin, de danser avec ce qui nous dépasse ?
On met tout sur la table — interviews, coulisses, esthétique — et on déroule.
Pour écrire cet article, j’ai consulté, entre autre, 2 interviews de Harry Styles, auxquelles je fais référence dans mes propos :
- Interview par le guitariste et compositeur-interprète John Mayer pour la chaine SiriusXM
- Interview par Sisanie et Tanya Rad pour la station de radio KIIS FM à Los Angeles
Pourquoi “Aperture” : laisser entrer la lumière, vraiment
“Aperture” marque un tournant dans l’univers musical de Harry Styles. Contrairement aux sonorités pop plus classiques de ses précédents albums comme Harry’s House (2022), ce nouveau titre plonge l’auditeur dans une ambiance électro‑pop raffinée, mêlant des influences dance avec une touche moderne et atmosphérique.
Le morceau a été co‑écrit et produit avec Kid Harpoon, collaborateur de longue date de Harry Styles, qui fut également à la production de ses travaux précédents.
1. L’ouverture comme choix intime
Ce qui est beau avec Aperture, c’est que le titre n’est pas juste “un mot chic” trouvé dans un dico de photographie. Harry Styles l’explique comme une image très simple : l’aperture, c’est l’ouverture d’un objectif, donc le réglage qui décide combien de lumière entre. Et dans sa bouche, ça devient un choix de vie. Après des années à enchaîner travail, promo, tournée — et à rester dans une forme de bulle — il raconte avoir senti son quotidien se refermer, devenir plus isolé. Pas forcément de manière spectaculaire, plutôt comme un mécanisme silencieux : on se protège, on filtre, on verrouille… et un jour on réalise qu’on a aussi verrouillé les bonnes choses.
C’est là que la métaphore devient intime : s’ouvrir, ce n’est pas “tout laisser entrer”, c’est reprendre la main sur son propre réglage. Dire oui un peu plus souvent. Se remettre en mouvement. Accepter d’être plus vulnérable, même si c’est inconfortable sur le moment. Il le dit clairement : quand on se ferme pour éviter le négatif, on se coupe aussi d’une partie du positif. Et à l’inverse, plus il s’autorise à être vrai et vulnérable avec les autres, plus il finit par se sentir… en sécurité. D’où cette idée centrale du morceau : apprendre ce que “safe” (en sécurité) veut dire, pas comme un bunker émotionnel, mais comme un espace où l’on peut être connu, accepté, et donc respirer.
Vu comme ça, Aperture n’est pas seulement une chanson qui parle de lumière. C’est une chanson qui parle de dosage : combien tu laisses entrer, à quel rythme, avec qui, et pourquoi. Et c’est exactement ce qui rend ce début d’ère aussi parlant : l’ouverture n’est pas un slogan, c’est une décision. Une décision de remettre un peu de lumière… même si, forcément, ça éclaire aussi ce qu’on avait laissé dans l’ombre.
2. Track 1, porte d’entrée d’une “transition”
Si Aperture frappe aussi fort, c’est parce que ce n’est pas “juste” un single choisi pour faire revenir Harry Styles dans le game : c’est la piste 1. Et lui-même insiste sur ce point : Aperture est pensée comme le début, la première porte que tu franchis quand tu appuies sur play. En gros, il ne te dit pas seulement “voici une nouvelle chanson”, il te dit : voici comment tu entres dans mon nouvel univers.
Dans les interviews que j’ai consultées, il revient sur la même idée avec des mots très clairs : l’“aperture”, c’est l’ouverture, et ouvrir c’est aussi commencer. Ce choix de premier morceau de l’album fonctionne comme un geste narratif : on ne démarre pas avec un titre qui “explose” immédiatement, mais avec un morceau qui installe un état — une tension douce, une transe, un mouvement continu — comme si l’album devait se vivre en progression, pas en simple enchaînement de hits.
Et quand il parle de “transition”, ce n’est pas un mot marketing. Il explique qu’il a terminé l’album à la fin de l’été, qu’il a ensuite dû se préparer mentalement au moment de le livrer au monde, et que ce retour s’accompagne d’un vrai basculement personnel : sortir de la bulle, se reconnecter à l’expérience du public, retrouver le plaisir très concret d’être dans une salle, au milieu des autres, et de danser. Aperture devient alors une entrée en matière logique : une chanson qui annonce “je m’ouvre” et qui te prend par la main pour t’emmener ailleurs.
C’est aussi pour ça qu’elle sonne comme un “seuil” : Harry raconte que c’était souvent le premier morceau qu’il faisait écouter quand il présentait sa nouvelle musique à ses proches. Pas parce que c’est le plus “facile”, mais parce que c’est celui qui résume le mieux l’intention : voilà où j’en suis, voilà ce que je veux explorer maintenant. Track 1, donc : pas un simple point de départ, mais un panneau lumineux au-dessus de la porte — entrée dans la nouvelle ère.
Un morceau qui hypnotise : la basse immobile et l’effet transe
1. La durée (5’32) n’est pas un caprice
Aujourd’hui, sortir un single de 5 minutes 32 ressemble presque à une provocation douce. On vit à l’ère des morceaux calibrés pour accrocher vite, rentrer dans des playlists, ne pas “perdre” l’auditeur. Et c’est justement ce que souligne le guitariste et compositeur John Mayer , qui interviewe Harry Styles sur la chaine Youtube SiriusXM : en 2026, est-ce que faire aussi long n’est pas une forme de défi aux règles du jeu ? La réponse de Harry Styles est intéressante parce qu’elle désamorce complètement l’idée du coup de com’. Pour lui, il n’y a pas eu de stratégie “anti-format” : il y a eu une question simple, presque artisanale — quelle est la meilleure version de cette chanson ?
Il explique que, pendant la production, avec Kid Harpoon, co-auteur et producteur de la chanson, ils ont forcément envisagé de couper, de retirer des sections. Mais à chaque fois, la conclusion revenait : non, cette partie-là est importante, elle sert l’équilibre du morceau, elle fait partie de sa raison d’être. Autrement dit : la longueur n’est pas une position, c’est la conséquence d’un choix de fidélité au morceau. Et c’est cohérent avec l’effet que Aperture cherche à produire : pas un shoot immédiat, mais une installation, une montée qui te prend doucement et te garde dans son courant.
C’est là que la durée devient presque un indice narratif. Un morceau long, ce n’est pas forcément “plus ambitieux”, mais c’est souvent un morceau qui accepte de laisser respirer son atmosphère, de construire un état. Et dans le cas d’Aperture, cet état est très clair : une écoute immersive, à vivre comme une transe, une parenthèse qui ne se précipite pas vers le refrain comme un sprint, mais qui t’embarque comme une nuit qui n’a pas envie de finir.
2. Tension continue : le “steady pulse” de la basse
Ce qui rend Aperture aussi hypnotique, ce n’est pas un gros twist harmonique ou un refrain qui “explose” à la manière d’un hit pop classique. C’est l’inverse : une ligne de basse qui tient son cap, presque imperturbable, comme un battement régulier qui ne lâche jamais vraiment la main. Dans l’interview, l’idée est formulée très simplement : la basse reste “stable” tout du long, et cette stabilité crée une sensation de mystère — une impression que quelque chose se prépare, que la chanson avance sans te donner immédiatement la récompense attendue.
Harry confirme que c’est délibéré. Il explique qu’il trouve puissant de construire les “moments de release” autrement : pas en comptant sur un changement d’accords spectaculaire ou un effet euphorisant programmé, mais en laissant la voix et les mélodies porter l’émotion, se déplacer, ouvrir des portes, faire naître les pics d’intensité. La basse, elle, reste comme un fil tendu. Et c’est précisément ce fil qui installe la tension : tu n’as pas la sensation d’un morceau qui se pose puis redémarre ; tu as celle d’un morceau qui te garde dedans, qui continue à te tirer vers l’avant.
C’est là que Aperture flirte avec quelque chose de presque physique : un morceau pensé comme une transe. Cette pulsation régulière agit comme un point d’ancrage, un “steady pulse” qui rappelle les musiques de club où l’état d’esprit vient moins de la surprise que de la répétition, de la boucle, de la montée. Et quand tu ajoutes à ça le groove syncopé et l’élégance très “british” du chant, tu obtiens cette sensation rare : une pop qui ne cherche pas à séduire par l’excès, mais par la tension tenue — celle qui te fait danser sans te laisser retomber.
3. Groove syncopé : le disco… cassé
Si tu devais retenir une seule idée pour comprendre pourquoi Aperture “accroche” autant, ce serait celle-là : c’est un morceau qui fait danser, oui… mais pas sur un disco bien droit, bien sage, bien prévisible. On est sur un truc « discoïde », mais la rythmique est décalée. Elle joue avec des syncopes. Ça avance, mais ça avance “de travers”, juste assez pour créer une tension permanente.
Et c’est exactement ce qui rend le morceau addictif. Le disco classique, c’est la stabilité rassurante : un “boum boum boum boum” qui te porte sans surprise. Ici, la pulsation est là, solide (la fameuse basse-pulse), mais l’accentuation rythmique vient la perturber : ça pique, ça relance, ça donne l’impression que quelque chose cloche — dans le bon sens du terme. Tu te retrouves à bouger parce que ton corps cherche à “attraper” le placement, à s’aligner sur ce petit décalage. Résultat : au lieu de t’endormir dans un groove confortable, tu restes en alerte, comme suspendu à la boucle.
C’est pour ça que l’expression “disco cassé”, selon la formule d’André Manoukian dans son analyse de la chanson pour la chaine RIFFX, fonctionne si bien. Aperture emprunte au disco son moteur et son côté physique, mais il lui retire le côté clinquant et automatique. Il garde l’élan, et il ajoute une friction : une syncope qui t’oblige à écouter, à entrer dans le morceau, à accepter qu’il ne se livre pas tout de suite. Et quand tu mets ça en face du clip — cette poursuite, cette baston qui devient danse — tu comprends que le groove n’est pas juste un décor : c’est la métaphore sonore du morceau. On danse… mais sur une ligne instable. On avance… mais avec une tension qui ne nous lâche pas.
Le clip : un hôtel, un poursuivant, et la violence qui devient danse
Réalisé par Aube Perrie, le clip de Aperture joue avec des images surprenantes, parfois absurdes, qui servent une narration métaphorique sur la libération intérieure, l’acceptation de soi et l’ouverture à l’autre.
À travers le titre, Harry joue également avec le concept de “lumière qui entre” (aperture est le terme anglais désignant l’ouverture d’un objectif photo). Il s’agit ici d’une métaphore forte pour parler d’ouverture émotionnelle, de vulnérabilité et de lumière dans la vie — thèmes que l’on retrouve dans les paroles de la chanson.
1. Minimalisme, couleurs crues : l’esthétique de l’enfermement
Le clip d’Aperture pourrait presque se résumer à trois éléments : un hôtel, des couloirs, et une lumière qui ne flatte personne. Pas de décors grandioses, pas d’effets spectaculaires, pas de surenchère. Au contraire : tout est minimaliste, “plat”, presque volontairement pauvre. Et c’est précisément ce dépouillement qui crée la sensation d’enfermement. Quand il n’y a rien pour distraire l’œil, ton attention se colle à l’essentiel : les déplacements, les visages, la tension, et cette impression que l’air manque un peu.
La palette joue un rôle énorme dans ce malaise élégant : lumières crues, teintes un peu vertes, un peu marron, couleurs délavées. On est loin d’un univers “disco” brillant et libérateur. Ici, la lumière ne fait pas rêver : elle révèle, elle fatigue, elle donne à l’espace un côté clinique et sale, comme si l’on était coincé dans un lieu de passage où personne ne s’installe vraiment. Et l’hôtel, justement, est parfait pour ça : c’est un endroit censé être refuge… mais qui reste impersonnel. Tu peux fermer la porte, tu n’es jamais vraiment “chez toi”.
Ce minimalisme rend aussi le clip très “british” dans son efficacité : peu de choses, mais une direction esthétique nette, presque sèche. Tout paraît à la fois stylisé et inconfortable. Et ce contraste est important, parce qu’il vient dialoguer avec le sens même d’Aperture. Harry parle d’ouverture, de lumière, de ce qu’on choisit de laisser entrer. Le clip, lui, te montre l’autre face : ouvrir la lumière, c’est aussi éclairer un décor qui ressemble à une cage. Une cage chic, certes, mais une cage quand même.
2. Baston / danse : la métaphore centrale
C’est le basculement qui donne tout son sens au clip : ce qui commence comme une agression finit en chorégraphie. Au départ, on est dans une logique de conflit — un poursuivant, une tension physique, une menace. Puis, sans prévenir, la violence se transforme en mouvement synchronisé. Et d’un coup, tu comprends que le sujet n’est peut-être pas “qui va gagner”, mais avec quoi (ou avec qui) on est obligé de composer.
Cette transition baston – danse change la nature du “poursuivant”. Il n’est plus seulement un antagoniste extérieur qu’on pourrait neutraliser. Il devient une force permanente : un truc qui colle à la peau, qu’on ne sème pas, qu’on ne règle pas par un KO. Et le clip propose une idée assez vertigineuse : la sortie n’est pas la fuite, c’est l’adaptation. La danse n’est pas là pour faire joli. C’est la forme que prend la cohabitation quand tu réalises que l’affrontement ne mène nulle part.
C’est aussi là que l’image se met à dialoguer avec la musique. Aperture construit une tension continue — une pulsation stable, un groove décalé, une transe qui avance sans “relâcher” franchement. Le clip fait la même chose narrativement : il te met dans un état de tension, puis il ne t’offre pas une libération classique. Il t’offre une transformation : tu passes de la lutte à la coordination, comme si le corps disait ce que la tête refuse d’admettre.
Et c’est pour ça que cette scène fonctionne si bien : elle raconte une idée simple, mais très adulte. Certaines forces ne disparaissent pas parce qu’on le veut. Elles font partie du paysage — addiction, pression, célébrité, solitude, ou même juste le poids d’un rôle. Alors tu ne les détruis pas. Tu apprends à bouger avec. Et la danse, ici, devient la métaphore la plus troublante qui soit : on ne sort pas du piège, on trouve une manière d’y respirer.
3. “We belong together” : romance, ou pacte ?
Sur le papier, “We belong together” est une phrase ultra classique. Dans une pop song, tu l’entends et tu penses immédiatement : romance, évidence amoureuse, destin. Sauf que dans Aperture, cette ligne arrive dans un contexte qui brouille tout. Parce que le clip ne te montre pas un “nous” romantique. Il te montre un face-à-face tendu, une poursuite, une lutte… et cette fameuse bascule où l’adversaire finit par danser avec lui. Résultat : la phrase se met à résonner autrement. Comme si elle ne parlait pas d’amour, mais d’un lien impossible à rompre.
C’est là que l’ambiguïté devient passionnante. Si on reste dans une lecture émotionnelle, “we belong together” peut parler d’un attachement fort, du besoin de se sentir relié, de ne plus s’isoler — ce qui colle avec ce que Harry Styles raconte en interview sur l’ouverture, la vulnérabilité et le besoin de “sécurité/safe”. Mais si on écoute la phrase à travers les images, elle peut aussi sonner comme une résignation : “on est liés”, pas forcément parce que c’est beau, mais parce que c’est vrai. Un pacte silencieux avec quelque chose qui te suit : une obsession, une peur, une pression, une part d’ombre.
Et c’est précisément ce flou qui donne au clip sa force. Il ne tranche pas. Il te laisse choisir ton malaise. La phrase peut être tendre… ou légèrement glaçante. Elle peut être une promesse… ou une constatation. Et au fond, Aperture joue sur cette frontière : l’ouverture vers la lumière n’efface pas ce qui te colle à la peau. Elle le rend visible. Alors “we belong together” devient moins un slogan romantique qu’une phrase à double fond : parfois, s’ouvrir, c’est aussi accepter qu’on n’avance jamais seul — ni avec les autres, ni avec ce qu’on porte.
“I wanna know what safe is” : la sécurité par la vulnérabilité
1. Se fermer protège… mais coupe aussi le positif
C’est peut-être la phrase la plus simple — et la plus universelle — que Harry Styles dit dans ces interviews : quand tu te fermes pour éviter le négatif, tu te fermes aussi à une partie du positif. Dit comme ça, ça paraît évident. Mais quand tu l’écoutes vraiment, tu comprends que c’est le cœur émotionnel d’Aperture. Parce que cette “ouverture” dont il parle n’a rien d’un slogan new age : c’est un mécanisme de survie qu’on connaît tous. On filtre, on met des barrières, on réduit le cercle, on contrôle. On se sent protégé… et, doucement, on se retrouve isolé.
Dans l’interview sur KIIS FM, Harry Styles décrit ce glissement très clairement : après des années de travail et de tournée — et une longue période vécue comme dans une bulle — il a senti sa vie devenir plus étroite, “les coins qui se rapprochent”. Et c’est là que l’image de l’aperture prend tout son sens : ce n’est pas “ouvrir grand” ou “tout fermer”, c’est régler l’ouverture. Choisir consciemment combien tu laisses entrer. La lumière, les autres, les expériences, le mouvement.
Le point le plus fort, c’est que pour lui la sécurité ne vient pas d’un bunker émotionnel. Elle vient, paradoxalement, de la vulnérabilité. Il explique que quand tu es fermé, c’est plus difficile d’être vraiment “connu”, donc accepté, donc en sécurité. Alors que plus il s’autorise à être vrai, à se montrer vulnérable avec les gens, plus il finit par se sentir en sécurité — même si ça fait peur sur le moment. Et tout Aperture est construit autour de ce paradoxe : on veut se protéger, mais on veut aussi respirer. On veut être à l’abri, mais on veut aussi être vivant. S’ouvrir, c’est accepter le risque… pour retrouver la possibilité du positif.
2. Une pop personnelle, mais faite pour “tes” expériences
Ce qui ressort très fort des interviews, c’est que Harry Styles ne présente pas ce nouvel album comme un journal intime livré brut. Oui, il parle de changement, d’ouverture, de sécurité, de vulnérabilité — donc c’est personnel. Mais il insiste sur autre chose : il veut que cette musique serve à déclencher des expériences chez l’auditeur, pas à te faire simplement regarder sa vie à lui comme un film.
Il le formule presque comme une invitation : “prends ma main, je vais te parler de ce que j’ai vécu”… puis, très vite, il renverse la perspective. L’objectif, ce n’est pas “voici exactement ce qui m’est arrivé”, c’est plutôt : voilà ce que j’ai compris en vivant des choses, et j’aimerais que ça te donne envie d’aller vivre les tiennes. C’est une nuance importante, parce qu’elle change la posture : on n’est pas dans la confession, on est dans une musique qui accompagne, qui encourage, qui donne de l’élan.
Et ça se traduit concrètement dans la façon dont il imagine l’écoute. Il parle de plusieurs “modes” : seul en voiture, au casque dans sa bulle, avec des amis, ou très fort dans une pièce, comme au club. Ce n’est pas un détail promo : c’est cohérent avec le cœur d’Aperture. Si l’ouverture est un choix intime, alors l’écoute aussi. Tu règles ton “aperture” à toi : tu choisis combien tu laisses entrer, comment tu ressens, à quel volume, avec qui. Au fond, c’est ça la promesse : une pop qui vient d’un endroit vrai, mais qui ne te demande pas d’entrer dans sa vie — elle te propose de remettre un peu de mouvement dans la tienne.
Ce que ça annonce pour la suite : une ère plus vécue, plus mature
1. Une musique “faite depuis la piste de danse”
Ce qui est frappant dans la façon dont Harry Styles parle d’Aperture (et de l’album qui arrive), c’est qu’il ne décrit pas seulement un son : il décrit un point de vue. Pendant des années, sa vie a été du côté de la scène. Lui, face au public. Puis il raconte avoir passé beaucoup de temps, ces deux dernières années, de l’autre côté : au milieu de la foule, comme un “vrai” spectateur. Pas en mode VIP détaché, mais en mode expérience brute : danser avec des inconnus, chanter avec eux, sentir ce que la musique fait au corps quand tu n’es pas celui qui la contrôle.
Et c’est là que l’expression prend tout son sens : une musique “faite depuis la piste de danse”, ce n’est pas juste un album qui “sonne club”. C’est une musique pensée pour l’instant où tu lâches le mental, où tu te laisses porter par une pulsation, des lumières, un mouvement collectif. Quand il parle d’Aperture comme d’une transe et d’un morceau fait pour être joué fort, il parle en réalité d’un endroit précis : celui où la musique cesse d’être un produit fini et redevient une expérience partagée.
Ça explique aussi pourquoi il insiste autant sur l’écoute “fort/loud”, sur le fait de tester les morceaux avec des amis, de les faire tourner dans une pièce, de les sentir vivre. Il dit même que cette ouverture dans le processus l’a aidé à retrouver quelque chose d’essentiel : la musique n’existe pas seulement dans les sessions studio ou dans la perfection d’un mix, elle existe dans ce moment très simple où tu appuies sur play… et où ton corps répond. Aperture arrive exactement avec cette intention-là : remettre l’auditeur dans le mouvement, et rappeler au chanteur ce qu’il cherchait au départ — cette magie d’être ensemble, en train de danser, sans penser au reste.
2. Une esthétique cohérente : transe + ombre + élégance
Ce qui donne à Aperture cette impression de “nouvelle ère”, ce n’est pas seulement la chanson, ni seulement le clip : c’est la cohérence entre l’intention, le son et l’image. D’un côté, Harry Styles parle d’ouverture, de lumière, de vulnérabilité, de ce choix intime de laisser entrer plus de positif. De l’autre, la musique installe une transe : une pulsation régulière, un groove qui tourne, un morceau qui ne cherche pas l’explosion immédiate mais l’immersion. Et le clip, lui, ajoute la couche d’ombre : l’ouverture ne révèle pas que du beau, elle révèle aussi ce qui te poursuit.
C’est là que l’élégance intervient. Rien n’est surligné au Stabilo. L’ambiance est sobre, presque minimaliste, avec des couleurs crues et délavées, un décor d’hôtel impersonnel, une narration simple mais chargée. Même la performance de Harry est à l’image de ça : laid back, crooner, détaché, comme s’il glissait au-dessus du chaos. Et ce détachement n’annule pas la tension, au contraire : il la rend plus troublante. Parce qu’on n’est pas dans le dramatique appuyé, on est dans une tension tenue, un contraste permanent entre le calme et ce qui gronde.
Au final, Aperture réussit un mélange rare : c’est une musique faite pour danser, mais pas une danse “simple”. Une lumière qui s’ouvre, mais sur un décor qui ressemble à une cage. Une pop très mélodique, mais maintenue par une basse-pulse qui te garde en apnée. C’est cette alliance — transe + ombre + élégance — qui rend l’ensemble si crédible. On peut appeler ça “maturité”, si on veut. Moi je dirais plutôt : une pop qui assume enfin qu’on peut chercher la lumière… sans prétendre que l’ombre disparaît.
Pour aller plus loin dans l’analyse du sens et de la symbolique du clip Aperture de Harry Styles, je vous conseille vivement l’excélente vidéo de Dania Dali. Elle y décrypte notamment les références faites à d’autres œuvres, comme I’m Afraid of Americans de David Bowie, Dirty Dancing ou Matilda, ou encore la séquence chorégraphiée dans Weapon of Choice avec Christopher Walken. Elle scrute chaque scène, chaque objet pour comprendre le message délivré dans cette œuvre, à la fois dans les paroles et les images du clip.
Kiss All The Time. Disco, Occasionally. : le nouvel album
Le nouveau single n’est qu’un avant‑goût d’un projet plus vaste. L’album Kiss All The Time. Disco, Occasionally. comprendra 12 titres, tous co‑écrits avec Kid Harpoon, et qui promet d’explorer de nouvelles sonorités tout en restant fidèle au sens mélodique et à la personnalité artistique de Harry Styles.
Ce disque sera sa quatrième production solo, le premier depuis Harry’s House et un moment très attendu pour les fans du monde entier.
La sortie de Aperture a suscité une vive réaction des fans, positivement accueillie comme un retour en force de la star pop. Les réactions en ligne et les premières écoutes montrent un engouement réel pour cet univers musical plus dansant et introspectif.
Dés le première semaine, Aperture s’est classé premier des charts au Royaume Uni et au Billboard US.
De plus, Harry Styles a annoncé une tournée mondiale, baptisée « Together, Together Tour », qui démarrera en mai 2026 et inclura des résidences dans plusieurs grandes villes, dont 30 soirées à Madison Square Garden à New York, 6 dates à Amsterdam, et 6 date à Londres au Stade Wembley, ainsi que des concerts à São Paulo, Mexico , Sydney et Melbourne. Malheureusement, pour l’instant, aucune date n’est prévue en France.
En résumé ?
Aperture fonctionne comme une ouverture au sens fort : une entrée dans un disque, mais aussi dans un état d’esprit. Harry Styles parle de lumière, d’ouverture, de vulnérabilité et de ce besoin très humain de se sentir en sécurité.
La musique, elle, construit la transe : une basse-pulse, une syncope qui accroche, une tension continue qui donne envie de rester dedans.
Et le clip, loin d’illustrer sagement le morceau, en révèle l’ambivalence : s’ouvrir, ce n’est pas seulement se libérer — c’est accepter qu’une part de nous (ou du monde) nous suivra toujours. Alors on ne “gagne” pas. On avance. Et parfois, oui… on danse avec.




0 commentaires